L’évaluation à l’école

Pratiquer un sport, réaliser une création artistique, jouer une pièce de théâtre… faut-il vraiment donner une notation numérique ?

Chaque année, la même interrogation s’impose à mon esprit : mais quelle est la pertinence de noter les cours d’art dramatique, d’arts plastiques ou d’éducation physique ? Comment peut-on évaluer de manière chiffrée la compétence en art dramatique, par exemple, en considérant que chaque élève a une personnalité propre. L’un peut être exubérant, expressif, imaginatif, alors que l’autre est plutôt réservé, introspectif et analytique. N’est-ce pas évident que le premier aura une réussite chiffrée naturellement plus élevée que la moyenne, alors que le second, lui, aura sans doute une notre chiffrée en deçà de la moyenne ? Quelle sera la perception de ce dernier, croyez-vous, devant sa note de bulletin ? Il aura tendance à se dire ceci : « Ah ! je ne suis pas bon en art dramatique, je n’aime pas vraiment cela… » Et pourtant, une note en dessous de la moyenne ne fait que démontrer la personnalité de l’élève, son tempérament, sa nature propre, son individualité, soit qu’il est un être réservé, introspectif, plus cérébral que créatif. Rien à voir avec sa compétence en la matière. Pourquoi ne pas effectuer une évaluation écrite basée sur les observations effectuées durant l’année scolaire, qui est informative pour l’élève et simplement indicative pour l’enseignant ? Une rétroaction en vue de faire ressortir les traits de caractère de l’élève et ses qualités propres qui lui permettraient de découvrir qui il est, de prendre conscience de ce qui le définit ? Une considération attentive exprimée par écrit donnerait à l’élève l’occasion de se connaître pour bien s’orienter dans la vie, et surtout dans ses choix afin que ceux-ci soient mieux adaptés à ses aptitudes et ses aspirations. À quoi sert la notation numérique, sinon à décourager l’un et lui accoler un sentiment d’incompétence, et à exalter l’autre, alors qu’il n’est nullement pertinent de noter leur personnalité propre ? Être créatif et extroverti vaut un 90% alors que d’être cérébral et plutôt introverti vaut un 75%. Vraiment ? La note chiffrée est un levier psychologique puissant, mais pas nécessairement convenable puisqu’elle apparaît comme un outil de sélection. D’autant plus que la note attribuée par l’enseignant dans ce domaine particulier ne peut être totalement impartiale. L’objectif devrait être de mettre en valeur la personnalité de chacun, de décrire leurs traits de caractère, d’illustrer leurs réalisations et leurs efforts. Et ce type d’évaluation basée sur l’observation devient un outil de communication personnalisé, car il prend à la fois en considération les connaissances, les aptitudes et les attitudes. Certes, cela engendre un plus gros travail de la part de l’enseignant, bien plus gros que de simplement compiler des chiffres pour en faire une moyenne, sans prendre en compte les traits distinctifs de chacun. L’investissement personnel est certainement plus grand, mais serait d’autant plus éloquent.

Le même constat s’applique pour les cours d’arts plastiques. L’un est doué pour le dessin, le bricolage, alors que l’autre peut s’avérer moins talentueux sur le plan artistique, même s’il a fait de son mieux et qu’il a mis tous les efforts nécessaires afin d’effectuer ce qu’il lui a été demandé. Le résultat n’étant pas le même selon les aptitudes artistiques, l’un aura aisément un 90% alors que l’autre devra se contenter d’un 75% en se disant tout bas : « Il est beau, mon dessin. Je me suis forcé, pourquoi n’ai-je pas obtenu une meilleure note ? ». En effet, comment évaluer une quelconque création artistique de manière chiffrée puisque les goûts sont subjectifs ? Peut-être qu’en mettant un ballon de soccer sous les pieds de ce même élève moins talentueux en arts plastiques, ou bien une raquette de badminton entre ses mains, qui sait, il démontrerait peut-être des aptitudes plus naturelles ? Encore une fois, pourquoi accoler une note dans le bulletin de chaque élève en éducation physique ? L’un court rapidement, l’autre un peu moins vite. L’un, téméraire, parvient à faire des culbutes facilement, alors que l’autre, un peu plus craintif, y parviendra plus ou moins bien. Les activités en éducation physique ne devraient-elles pas viser le bien-être physique et mental, l’apprentissage de bonnes habitudes de vie, la découverte de divers sports, une meilleure concentration, un meilleur rendement scolaire, et surtout un meilleur équilibre de vie éducative ? Poser la question, c’est y répondre, n’est-ce pas ?

Bref, il faudrait peut-être envisager d’enseigner ces matières « secondaires » librement pour que chaque élève s’épanouisse à son rythme plutôt que de les évaluer. Il faudrait simplement exposer l'élève à ces cours pour qu’il puisse se découvrir, s’enrichir, et surtout se définir sans obtenir un jugement de valeur par une bonne ou une mauvaise note chiffrée sur un bout de papier…